Les cafés maman-bébé à Montréal : concept rentable?

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Les cafés maman-bébé à Montréal : concept rentable?
Reported by Marieve Paradis
Wednesday, September 21, 2011
Opened by Marieve Paradis
Wednesday, September 21, 2011

Une nouvelle tendance a du mal à subsister à Montréal : les cafés pour maman et bébé avec aire de jeux et nourriture adaptée pour les petits. Depuis quelques années, plusieurs d’entre eux ont dû fermer leurs portes. Pourtant, bedaines et poussettes sont bien présentes à Montréal.

Amélie Léveillée et sa mère Claude Rossignol ont ouvert Lili Café et cie, un café-boutique pour mamans dans le quartier Ahuntsic. Kinésiologue de formation, Amélie souhaitait combiner le travail avec ses nouvelles tâches de maman. « Je n’ai pas mis un bébé au monde pour le laisser en garderie dès que possible », se disait-elle pendant son congé de maternité. Boursière de la Fondation du maire, elle ouvre son commerce rue Fleury en 2008. « Au départ, je voulais embaucher des mamans avec leur bébé, car je servais les clients avec mon bébé à côté de moi. Mais les clients, même les nouvelles mamans, voulaient être servis comme dans tout autre café, sans compromis pour le concept qui se voulait familial », explique Amélie. Avec sa petite aire de jeux, le café attirait les mamans, mais n’apportait pas une clientèle très dépensière. « J’ai vu des mamans apporter leur nourriture au café. C’était devenu un point de rassemblement, mais elles ne consommaient pas. Je n’arrivais pas à couvrir mes coûts fixes très élevés. » Outre ce défi des coûts fixes, il faut ajouter l’équipement commercial et les inspections sanitaires. « Tous les profits réalisés par la boutique étaient absorbés par le café. Pour qu’un café soit rentable, il faut du volume, et la clientèle de nouvelles mamans n’apporte pas cet achalandage », précise Amélie. Depuis janvier 2011, Lili Café et cie est devenue Lilithéo, une boutique d’accessoires et de jouets pour bébé.

Élise Tessier, de Femmessor Montréal, un organisme voué à l’entreprenariat féminin, affirme que les cafés maman-bébé sont un bon concept sur papier, mais plus difficile à gérer en pratique. « Un café demande beaucoup de temps. C’est difficile de concilier travail-famille dans un tel contexte », mentionne-t-elle, ajoutant qu’être nouvel entrepreneur demande aussi le développement de compétences entrepreneuriales. Femmessor Montréal a aidé le Café Kajou à démarrer dans Rosemont, il y a quelques années. Ce café, destiné à briser l’isolement des mères monoparentales, n’a pu survivre plus de deux ans. La conciliation travail-famille et les nombreux défis liés à la rentabilité ont eu raison de ce concept pourtant très louable.

De son côté, Naomi Goldapple a dû faire face à une augmentation importante des taxes de son loyer commercial, en plus des défis de rentabilité. Maman bébé café a été l’un des premiers du genre à ouvrir ses portes à Montréal, il y a cinq ans. Ce café a d’ailleurs été l’inspiration de plusieurs de ces mamans entrepreneures qui ont suivi la vague en ouvrant un café dans les dernières années. « Le concept à New York est populaire et rentable, mais les cafés s’installent à côté d’une immense tour à logements où il y a suffisamment de familles pour faire vivre le café. Ici, le concept est plus difficile. C’est par contre nécessaire comme endroit pour briser l’isolement des jeunes mamans », lance-t-elle.

Le dilemme de la rentabilité tenaille d’ailleurs toutes les propriétaires de café maman-bébé. Élise Tessier, de Femmessor, explique qu’il faut regarder la possibilité d’obtenir des subventions d’aide à la périnatalité si la mission du café se veut d’aider les nouvelles mamans. Pour Amélie Léveillée, de Lili Café et cie, la philosophie de la périnatalité vient beaucoup de l’approche communautaire. « On dirait que c’est mal de faire de l’argent sur le dos des jeunes mamans, mais une entreprise c’est fait pour faire de l’argent », s’exclame-t-elle. Naomi Goldapple avait, elle aussi, l’impression de gérer un centre communautaire. « Si le café est un deuxième salaire d’appoint, une manière de se réaliser, cela risque de fonctionner, mais le concept n'est pas bon pour faire de l’argent », énonce-t-elle en ajoutant qu’elle travaille sur un nouveau plan d’affaires, deux ans après avoir fermé Maman bébé café.
Malgré ces défis de taille rencontrés par toutes les entrepreneures qui souhaitent ouvrir un café pour les nouvelles mamans, certaines réussissent à sortir leur épingle du jeu. Le secret est sans doute de diversifier les sources de revenus.

Melons et Clémentines est un espace dédié à l’allaitement. Ouvert depuis un an et demi, rue Sherbrooke dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, ce café offre non seulement de la nourriture pour maman et bébé, mais aussi des cours, ateliers et formations ainsi qu'une boutique spécialisée en accessoires d’allaitement. « Nous voulions créer un nid, un havre d’informations, de paix et de support pour les nouvelles mamans », raconte Marie-Maude Grenier, la copropriétaire de Melons et Clémentines.

Dans le quartier Grinffintown, Parenthèses Montréal fête sa première année d’existence. Sandra Joseph et Stéphanie Raymond-Bougie constatent le mouvement des jeunes familles vers les banlieues. Elles ont voulu leur offrir des services en plein cœur de Montréal. Encore une fois, le mot d’ordre est la diversification de l’offre : service de garde, halte-garderie, service de massothérapie, café, chocolaterie, réceptions, traiteur, ateliers et formations sont au programme de cette entreprise pour la parentalité. « Des enfants, ça se fait à deux. C’est pour cette raison qu’on a voulu inclure le mot parent dans notre nom », explique Sandra Joseph.

En plein cœur du Mile-End, La Tasse Gamine tente aussi de survivre à sa première année. « Cela a été une dure année à cause de la construction sur la rue du Parc. Nous avons été inondés et avons dû fermer pour rénovations. Cela aurait été une bonne année sans la construction », affirme April Defalco, copropriétaire du café. Selon April, il y a différentes façons d’attirer la clientèle et il faut les exploiter toutes pour être rentable. « Pour faire entrer les gens, ça prend un très bon café. Ensuite, il faut avoir assez de choses différentes pour amener une clientèle variée. Nous sommes une entreprise de services multisectoriels comme on dit dans notre plan d’affaires. »

Aux antipodes de l’île, deux autres espaces offrent des services pour les nouvelles mamans. Enfant et Compagnie à Saint-Léonard offre des cours, un service de traiteur et de réceptions, en plus de la boutique et du café. Eux aussi ont diversifié leurs services en offrant des cours parascolaires à l’école située en face, de l’aide aux devoirs et des camps de jour lors des vacances d'été ou d'hiver. De son côté, Belles Mamans à Pointe-Claire ressemble beaucoup à l’offre présente dans certaines villes des États-Unis : un endroit pour différents cours, services et activités familiales; comme un centre communautaire, mais à but lucratif.

Bien que la diversification des revenus semble être la route vers la rentabilité des espaces maman-bébé, reste que ces endroits multifonctionnels doivent offrir une grande variété de service à un moindre coût. Être polyvalent, et exceller dans cette polyvalence, se révèle aussi tout un défi.

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