Pêche urbaine à Montréal
Pêche urbaine à Montréal: métro, boulot, à l'eau
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Thursday, August 11, 2011
Au petit matin, alors que la rosée perle encore au bout des brins d'herbe, Étienne Gautier analyse la situation. «Les achigans, quand il fait beau, tu peux les voir attaquer», confie-t-il. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, et quelques gouttes de pluie viennent même troubler la quiétude du bassin Peel, niché au coeur du vieux port industriel de Montréal.
Au-dessus du plan d'eau, gronde l'incessant va-et-vient de l'autoroute Bonaventure. Au nord, les wagons de Via Rail percent l'air frais du matin, et derrière le pêcheur, l'enseigne «Farine Five Roses» vient à peine de s'éteindre. Bienvenue dans l'univers des pêcheurs urbains, les «street fishers», comme on les appelle outre-atlantique.
La pratique s'est développée depuis les années 80, au Japon et aux États-Unis, avant d'arriver en Europe. «C'est très répandu en France, mais assez peu au Québec. Ici, ça commence doucement», estime le jeune français, installé à Montréal depuis quatre ans.
Les ingrédients de la pêche urbaine ? La mobilité et la légèreté tout d'abord, pour contrer le mythe du grand-père assis au bord de l'eau avec sa bière. «Il m'arrive de faire plusieurs kilomètres en une matinée de pêche», explique Étienne Gautier, lui même fils d'un guide de pêche. Certains amateurs se sentent même plus d'affinités avec des graffeurs ou d'autres tribus urbaines comme les skaters. «C'est une autre manière de se réapproprier la ville», ajoute-t-il.
Le pêcheur urbain voyage donc léger, avec un simple sac à dos et une courte canne à pêche pour se faufiler dans les transports en commun. Dans son sac ? Des leurres, ravissantes imitations de vers et de poissons en caoutchouc, colorés et parfois même aromatisés, l'indispensable équipement pour la chasse aux carnassiers qui peuplent les eaux des villes de la province.
Certains ont du mal à le croire, mais le canal Lachine est loin d'être mort. Les carpes frétillent, les brochets rodent, les dorés restent aux aguets, et les maskinongés et autres achigans à grandes et petites bouches ne sont pas en reste.
Les prises ne sont pas rares, «en moyenne six ou sept dans une bonne journée», estime Étienne Gautier.
Et il le prouve. La canne à pêche tendue vers le ciel, il mouline, alors qu'un maskinongé, musky pour les intimes, bataille ferme. C'est finalement une bête de deux pieds aux dents acérées qu'il sort de l'eau, «un bébé», insiste le pêcheur, qui ne garde sa prise que l'instant d'une photo. C'est un des points essentiels de la pêche urbaine, le «no kill», ou «catch'n release», attraper et relâcher. «On ne jette rien et on relâche le poisson de manière à ce qu'il puisse survivre et se reproduire», explique-t-il. Un aspect éthique, mais également pratique, puisque les eaux urbaines sont souvent lourdement polluées.
Au Québec, c'est le ministère des Ressources naturelles et de la faune qui fixe les règles. La plupart des plans d'eau et des berges de la province sont en accès libre et chacun peut y pêcher, muni d'un permis. «On a déjà attrapé un musky d'un mètre vingt au pied du casino de Montréal», raconte notre pecheurm L'activité est permise toute l'année, hormis au printemps, durant la période de reproduction.
Texte avec la collaboration de Mélanie Thibault
On oublie souvent que Montréal est une île. Les «street-fishers» ne l'ont pas oublié eux. Aussi urbains que les adeptes de la planche à roulettes, ces pêcheurs de rue connaissent tous les bons coins et recoins pour taquiner l'achiguan en ville. Voilà une intéressante tribu à découvrir !









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